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Pour choisir il faut savoir
Voici une mise en bouche;
L’on se souhaitait bon appétit aujourd’hui il faut se souhaiter bonne chance en passant à table!
Les pièges de la vraie-fausse bonne bouffe
L'alimenteur est devenu le premier prescripteur du médicamenteur.

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La potion miracle de LVMH et l’Oréal pour endormir les autorités européennes
Par Le Canard Enchainé
ToxicitĂ©  |  Lundi - Juin 22, 2026 3:54 pm  |  Lectures Article :297  |  A+ | a-
cosmétiques,cancérigènes,LVMH,l’Oréal,Parlement,bruxelles
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Encore un baume appliqué par Bruxelles sur les bénéfices des industriels…
Après les pesticides dont l’usage est désormais autorisé sans limitation de durée et sans réexamen obligatoire, les cosmétiques, les gels douches ou les dentifrices suspectés d’être cancérigènes bénéficient désormais, eux aussi, d’un traitement de faveur : ils peuvent continuer à être commercialisés durant des années avant d’être retirés de la vente. Pourquoi se gêner : depuis que la droite et l’extrême droite disposent de la majorité des voix au Parlement européen, les industriels ont un boulevard pour obtenir tous les passe-droits.

14 janvier 2026, vingtième étage de la tour LVMH, à Bruxelles.
La vue, à cette hauteur, est magnifique mais ce jour-là, il fait affreusement gris.
Pas grave.
A l’intérieur, tout est luxe, blanc épuré et volupté.
Une longue table de déjeuner a été dressée pour accueillir une dizaine d’émissaires du Parlement et autant d’huiles de LVMH.
Au menu : la future loi européenne Omnibus 6, destinée à alléger les réglementations qui pèsent sur les fabricants.

« Normalement, ce sont les industriels qui se déplacent au Parlement, mais là, non… » raconte un participant.
Devant les représentants du géant du luxe, l’eurodéputé Dimitris Tsodrias, en charge de l’Omnibus 6 au Parlement, a le petit doigt sur la couture du pantalon (Dior).
Une brochette de boss de LVMH - la patronne du groupe à Bruxelles, Gaëlle Lemaire, la pédégée de Guerlain, Gabrielle Saint-Genis, ou encore la chef parfumeuse Delphine Jelk – explique à leurs invités, entre deux bouchées de poisson, que toutes ces règles sanitaires brident leur génie créatif.
Et leurs milliards de profits…

Le dessert, lui, est à base d’amandes, et il n’a pas été choisi au hasard : « Même dans ces amandes, il y a une substance qui pourrait être interdite », claironnent nos boss.
Tout est bon pour faire passer le message : avec les normes, on ne peut plus rien avaler, ni se tartiner sur le visage.
Et impossible d’investir dans de nouvelles formules moins nocives : il en va de la santé économique du secteur, des emplois et blablabla.
La santé des clients, elle, attendra…

Le baume de Bruxelles sur les bénéfices

En ce mois de janvier, le lobby des industriels a déjà remporté une manche. 
La Commission de Bruxelles leur propose désormais des douceurs aussi raffermissantes pour les bénéfices qu’une crème de nuit pour la peau : le délai pour retirer un cosmétique toxique du marché ne sera plus limité à quinze mois mais pourra aller jusqu’à cinquante-sept mois, soit trois ans et demi supplémentaires !
Au Parlement européen, l’extrême droite est allée encore plus loin et a suggéré sept ans ! 
« A Bruxelles, Bardella et ses alliés sont alignés sur les demandes des grandes entreprises sur tous les sujets, mais, dans ce cas, ils sont même allés au-delà ! » hallucine un permanent du Parlement.

Au Conseil des ministres de l’UE, la France avait d’abord appuyé une première proposition beaucoup plus frileuse des autres gouvernements qui envisageaient six à douze mois de délai supplémentaire.
Mais au cours du déjeuner bruxellois du 14 janvier, les équipes de LVMH balancent un scoop : « Une note va bientôt être envoyée à Bruxelles pour modifier la position de la France ».
L’annonce stupéfait l’assistance : « Un gouvernement qui fait volte-face après s’être positionné au Conseil de l’UE, c’est très rare, mais que cette volte-face soit annoncée par l’industrie, c’est du jamais vu », s’ébahit, en coulisses, un négociateur.

Le groupe de Bernard Arnault était bien au parfum des décisions françaises : deux semaines après le déjeuner de la tour LVMH, Matignon a envoyé une note à tous les eurodéputés dans laquelle le gouvernement jugeait, cette fois-ci, « opportun » de rallonger fortement les délais.
Ça cocotte le lobbying décomplexé à plein nez !

Le 16 juin, après des mois de discussions téléguidées par les lobbys, la Commission européenne, le Parlement et le Conseil des ministres de l’UE se sont finalement mis d’accord.
C’est une victoire sur toute la ligne pour les fabricants : leurs parfums, crèmes de jour et maquillage pourront rester 27 mois dans les rayons, voire 36 ou 63 mois, selon les cas, s’ils demandent une dérogation, alors même qu’ils sont reconnus cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.
Une réforme de toute beauté pour laquelle Macron et ses ministres n’ont pas ménagé leurs efforts

Opérations de charme

« A ce fameux déjeuner, LVMH n’a pas cessé de nous expliquer qu’ils parlaient à tous les ministres et au Premier ministre français », raconte un participant.
« L’industrie s’est dépensée sans compter pour faire passer ce texte qui est à la fois dangereux et complexe, puisqu’il crée plusieurs catégories de délais alors qu’il était censé simplifier les règles », dénonce Yohann Coulmont, de l’ONG Générations Futures.

« On a eu des appels et des mails incessants, des invitations à dîner… raconte un collaborateur européen. 
Pour peu qu’ils arrivent à trouver votre numéro, vous êtes foutu. »
Pendant des mois, nos géants et le lobby européen du secteur, Cosmetics Europe, ont multiplié les opérations de charme.
Au menu : des webinaires, des visites de sites Chanel, une réception au musée d’Art et d’histoire de Bruxelles…

Dans les couloirs du Parlement, Christos Vasilakos, un assistant de l’eurodéputé Dimitris Tsodrias, s’est démené comme un beau diable : « C’est un quinquagénaire aguerri qui est sur tous les dossiers liés à la chimie, raconte un connaisseur. 
C’est lui qui menait les réunions de négociations pour Tsodrias et à chaque début de réunion, il disait : “L’industrie a demandé ça, donc on va faire ça.” » 
Même mano a mano dans les directions générales de la Commission européenne : « Plus personne ne cache que toutes ces lois Omnibus sont faites par et pour l’industrie. » 
Par ici, la pommade !

A Paris, nos géants n’ont pas lésiné non plus.
Sur le site de la Haute autorité de la vie publique, où les actions de lobbying envers des acteurs publics doivent être déclarées, LVMH avoue avoir déployé les grands moyens.
Ses lobbyistes ont rencontré un « collaborateur » de Macron, mais aussi, égrène la HATVP, une palanquée de ministres et de conseillers à Matignon et dans les autres ministères.
Dans leur viseur : celui des « Affaires sociales et de la Santé », mais aussi « Economie et Finances, Environnement, Energie et Mer, Affaires étrangères et Développement international ». 
C’est tout ?

VRP de luxe

Parmi les fines gâchettes à la manœuvre : Marc-Antoine Jamet, secrétaire général de LVMH et vieux renard du parti… socialiste.
Mais aussi Stéphanie Bès, directrice des affaires publiques de LVMH, qui avait travaillé au cabinet de Manuel Valls à Matignon en compagnie de Brieuc Pont, devenu aujourd’hui conseiller diplomatique du Premier ministre.
Le monde est petit et les Pont sont vite franchis.
Chez l’Oréal, la responsable des affaires publiques, Louisa Roussel-Desgrais, est, elle, une ancienne cadre des LR, qui réseaute aussi sur Linkedin, où elle qualifie Romain Levesque, conseiller com de Lecornu, de « copain ».

Plusieurs ministres français jouent également les VRP de LVMH. Nommé en octobre, le ministre délégué au commerce extérieur, Nicolas Forissier, a réservé son premier déplacement à une usine du groupe, avant de se fendre sur ses réseaux sociaux d’un commentaire en forme de plaquette publicitaire : « C’est ici, sur ce site emblématique du groupe LVMH, que sont fabriquées les fragrances iconiques de la maison  J’adore, Sauvage, Miss Dior dans le respect des plus hautes exigences de qualité. » 
Et de santé !

Quatre mois plus tard, en février, Emmanuel Guichard, le patron de la FEBEA, le lobby de la parfumerie, a été longuement reçu par Forissier.
Un autre ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, est lui aussi dévoué à la cause. Le 3 février, il a réuni la FEBEA et la « Cosmetic Valley », qui regroupe la filière parfumerie-cosmétique française.
A la sortie du raout, le ministre s’est fendu d’un commentaire sur Linkedin : « La France est le premier exportateur mondial de cosmétiques mais l’effet cumulé des tarifs US (…) et la surcomplexité réglementaire EU fragilise durablement notre leadership. » 
Remaquillez-moi tout ça !

Des solutions de rechange aux produits toxiques

Au Sénat, l’affaire laisse pantois : « Demander de laisser des produits cancérigènes sur le marché pendant des années, c’est tellement gros que même les sénateurs de droite n’ont pas marché », raconte le sénateur socialiste Michaël Weber. Le 8 avril dernier, la Commission des affaires européennes du Sénat se penche, à son tour sur l’Omnibus 6.
En séance, le président de la Commission, le sénateur (LR) Jean-François Rapin ouvre des yeux ronds : Bruxelles n’a pas « évalué de manière approfondie ses conséquences pour la santé des consommateurs ».
Et son collègue Jean-Michel Arnaud (Nouveau Centre) de tousser : « Nous avons été fort surpris de ces propositions issues des industriels. » 
Des propositions votées au Parlement européen « avec les voix de l'extrême droite », regrette-t-il. « Surtout avec celles des lobbyistes… » ajoute son collègue Rapin.

A l’issue de la séance, les sénateurs votent un avis mettant « en garde fermement contre un allongement (des) délais, qui serait préjudiciable à la sécurité sanitaire ». 
Et puis quoi, encore ?
Aussi sec, la puissante FEBEA riposte.
Elle est vice-présidée par Marc-Antoine Jamet, le grand manitou de LVMH qui n’a pas l’habitude qu’on lui résiste. « Ils sont tellement gonflés qu’ils ont demandé à un administrateur (haut fonctionnaire du Sénat) de modifier notre avis ! » s’insurge un sénateur.

On ne parle pourtant pas de produits compliqués à remplacer.
Durant les auditions à huis clos menées par la commission du Sénat, raconte Michaël Weber, « un industriel de la filière beauté nous a avoué qu’ils avaient des solutions de rechange pour toutes les substances toxiques mais ils n’ont pas envie de le faire pour une question d’argent ». 
Suffit de l’assumer sans fard…

Publié par Isabelle Barré

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